Christian SEUX


Propos recueillis par : P. Garassus | Ecrit le 03/06/10 | envoyer l'article par mail envoyer par mail | impression Imprimer

Le président du SNITEM répond à l’nterview de la société française d’économie de la santé

PG – La crise économique mondiale est-elle présente également pour les industries des technologies médicales ?

CS – La crise, oui elle existe ! Cependant elle n’a peut-être pas été immédiatement perceptible, ou plus exactement ses effets n’ont essentiellement observés qu’à partir de l’exercice 2009. Il y a eu un premier filtre, surtout dans les pays à systèmes assurantiels socialisés, puis nous avons constaté des baisses sur certains marchés, avec comme conséquence des limites dans nos capacités d’investissement mais aussi des situations concurrentielles exacerbées. Encore faut-il tempérer ce constat par une analyse plus détaillée. En effet, les conséquences de la crise économique sont variables selon les pays et on peut schématiquement définir trois situations. La première représente les pays qui sont et qui restent en forte croissance au niveau international et dont les besoins en santé vont encore se développer. Il s’agit essentiellement de l’Amérique du Sud, de l’Inde et de la Chine : une croissance à deux chiffres est maintenue dans ces pays. La seconde situation est celle des pays dont le niveau de dépenses de santé est resté stable ou globalement peu impacté. C’est le cas de l’Europe, mais là encore faudrait-il affiner l’analyse car tous les pays européens n’ont pas rencontré les mêmes problèmes. Il y a plus de difficultés au Sud de l’Europe et au Royaume-Uni, alors que l’Allemagne et la France sont des marchés dans l’ensemble assez stables. Enfin, il existe un troisième groupe de pays où l’activité s’est fortement réduite, au premier rang desquels les Etats-Unis où l’impact de la crise a été important. Le caractère mondial de la crise économique explique donc l’impact global mais avec des différences notables selon les pays. Cela veut dire également qu’il persiste des opportunités : aux industriels de porter l’innovation technologique et le cas échéant d’accompagner le développement de nouveaux marchés. C’est une forte stimulation pour nous autres industriels de la santé.

PG – Peut-on aborder la question des résultats en 2009 ?

CS – En tant qu’industriels, bien sûr que nous sommes particulièrement attentifs aux résultats affichés dans nos bilans « en bas de colonne ». Mais nous analysons aussi les différentes composantes de ces résultats et d’abord les ventes. C’est certainement sur ce premier point que nous sommes particulièrement attentifs. Maintenir une activité soutenue, c’est d’abord être à l’écoute et au contact de nos clients. Second point, nos coûts : les coûts de production, la masse salariale, la recherche et développement. A nous de nous adapter aux contraintes économiques. Enfin, notre position concurrentielle, anticipatrice, novatrice ce qui est dans chaque entreprise une motivation managériale. C’est dans cette motivation forte à être présent sur ce marché que se trouvent nos marges de progression. Nos objectifs et donc nos résultats en tiennent compte.

PG – La Santé : un marché imprévisible ? Souvent on reproche au secteur de la Santé – dans le cadre des fixations tarifaires – un manque de lisibilité. L’incertitude serait-elle devenue une certitude ?

CS – « L’imprévisible » est intégré dans les réflexions et perspectives des professionnels du secteur. Pour autant il serait inexact d’affirmer que le marché ou les prix fixés, sont en permanence remis en cause. Certes il existe des réajustements mais il faut également anticiper la lecture stratégique des priorités de santé publique et connaître les domaines susceptibles d’être revisités. Ce travail est fait en interne. On ne peut donc considérer la santé comme un marché instable. Notre travail consiste aussi à accompagner les évolutions tendancielles, et à savoir où et comment nous positionner.

PG – L’inclusion du DM dans le tarif des GHS. Vous êtes tributaires pour certaines lignes de produits de la capacité hospitalière à réaliser les actes correspondants et intégrant les DM. Or il est annoncé de longue date que ce principe de GHS « tout compris » va s’étendre. Quelle est votre analyse ?

CS – Pour certains actes médico-chirurgicaux (ou prises en charge hospitalières) nous dépendons déjà du couple GHM / GHS. Là encore dans un environnement qui est très fortement concurrentiel, nous devons nous adapter. Plus ce principe s’étendra, plus nous devrons être au contact direct et à l’écoute de nos partenaires hospitaliers. Peut-être faudra-t-il même augmenter nos effectifs en personnels pour mieux répondre aux attentes et exigences du terrain. Il est en théorie possible qu’un acheteur local soit plus efficient dans le cadre de la TAA qu’un acheteur national. Néanmoins il nous importe de rester de fait le partenaire des établissements de soins pour que nos DM autorisent la qualité de la prestation attendue à un coût adéquat.

PG – Votre analyse sur les centrales d’achats ?

CS – Votre question mériterait un long débat. Nous ne sommes pas certains qu’il s’agisse d’une pratique idéale. Plus qu’un positionnement vis-à-vis d’un acheteur unique, nous axons plus nos réflexions sur de nouvelles possibilités offertes par la loi HPST. La mise en place des ARS permettra peut-être de partager au niveau régional de nouvelles approches partenariales sur des objectifs précis.

PG – La complexité des nouveaux dispositifs médicaux va croissante. Leur éventuelle association avec des molécules actives (en cardiologie ou en cancérologie par exemple) ne rend elle pas encore plus difficile l’obtention des autorisations de mise sur le marché ?

CS – Cela dépend en fait de la culture des entreprises. Certaines – et il s’agit d’une stratégie qui m’est chère – favorisent les échanges des connaissances au niveau de la recherche avec une culture croisée entre les domaines de la biologie et de la technologie. Cette double compétence nécessaire dès les étapes de recherche fondamentale, est une des clefs de la réussite en développant des stratégies collaboratives. Si nous disposons en interne de ces complémentarités, nous pourrons plus aisément aborder ces nouveaux marchés et ce avec de bonnes perspectives.

PG – L’industrie française du DM. Nous avons posé la question à Madame la Ministre Roselyne Bachelot. Peut-on au niveau national favoriser le développement économique du secteur ?

CS – La question est plus complexe. Il faut tout d’abord accompagner l’industrie en place. Dans les dix dernières années, il n’y a eu que peu de créations d’entreprises françaises. Soutenir les acteurs économiques de notre secteur serait déjà un objectif réel. Second aspect : à titre personnel et dans ma fonction de dirigeant d’entreprise, maintenir une production industrielle en France au sein d’un groupe international est aussi un objectif louable. Troisième réflexion : dans l’éventualité d’une création d’unité de production (ou de délocalisation) le juste compromis ne se trouve pas basé uniquement sur le seul critère des coûts de main d’œuvre. Le savoir-faire, le niveau technologique, la liaison avec les chercheurs et les équipes cliniques, sont aussi des avantages stratégiques. Et si certains groupes font le choix de délocalisations lointaines, d’autres restent délibérément en Europe pour respecter au mieux les critères qualitatifs de production.

PG – Nous savons que le SNITEM est particulièrement attentif aux PME du secteur. Des remarques spécifiques pour ces entreprises de taille moyenne ?

CS – Le nombre des PME est important au sein du SNITEM et ce sont des acteurs significatifs de nos marchés. De plus les PME sont le plus souvent dans des implantations locales ou régionales importantes au niveau des territoires économiques, au contact de la vie économique des régions. Comme vous le savez notre secteur est caractérisé par des durées de vie courte de nos produits et il faut donc en permanence être en capacité à innover. Etre actif et réactif, cela veut donc dire être en contact pour tous les industriels – quelle que soit leur taille – avec le monde académique mais aussi avoir une perspective globale de la médecine. En effet une solution n’est pas adéquate pour un seul pays mais bien à l’échelle mondiale. Le SNITEM est impliqué à deux niveaux : d‘abord celui du soutien dans l’approche des marchés que ce soit au niveau réglementaire ou législatif. Si cela est nécessaire, également dans les étapes de négociation tarifaire. Seconde utilité : pour le soutien stratégique - au-delà du produit - et étendre ainsi la réflexion au niveau du service fourni. Nous tenons régulièrement informés nos adhérents au sujet des appels d’offre, de la tendance du marché et des opportunités de croissance. Leur croissance potentielle nécessite cet accompagnement, chance de développement pour franchir le seuil de TPE et permettre ainsi une croissance durable. Au niveau macroéconomique nous contribuons ainsi collectivement à l’économie nationale.

PG – Quelques mots pour conclure ?

CS – Il faut accompagner l’innovation thérapeutique. En France, les dépenses de santé représentent environ 11% du PIB. La Santé est donc en soi un secteur économique important. Mais il est tout à fait légitime qu’en tant que citoyen de respecter le principe d’économie à faire au sein de cette enveloppe, pour respecter une politique de maîtrise des dépenses. Si l’innovation doit être gagnante, il faut accepter de revoir les pratiques antérieures, y compris dans leur tarification. Ce principe ne nous est pas spécifique et s’applique à tous les acteurs en santé. Les DM sont structurants pour certaines techniques qui apportent un gain thérapeutique, il faut donc prioriser le progrès et optimiser le service rendu et le partenariat avec la recherche académique et les biosciences seront des atouts complémentaires.


Ecrit le 03/06/10 | envoyer l'article par mail envoyer par mail | impression Imprimer

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