Jean-Luc Harousseau

Interview auprès du Professeur Jean-Luc Harousseau Président du Collège de la HAS et de Monsieur Dominique Maigne, Directeur de la HAS. Interview réalisée le 12 décembre 2011, conjointement par le Pr Mondher Toumi et le Dr Paul Garassus pour la SFES.


Propos recueillis par : P. Garassus | Ecrit le 13/06/12 | envoyer l'article par mail envoyer par mail | impression Imprimer

Paul GARASSUS, SFES (PG) – Quel positionnement prioritaire de la HAS souhaiteriez-vous présenter en introduction de cette rencontre avec la SFES, Société française d’Economie de Santé ?

Président Jean-Luc HAROUSSEAU (JLH) -Les enjeux médico-économiques sont de toute évidence importants et la HAS est impliquée dans l’optimisation du parcours de soins, en coopération avec les professionnels concernés. Il faut proposer des indicateurs cliniques pertinents utiles à la décision en matière de politique de santé. A ce propos la HAS est délibérément tournée vers l’ouverture et si certains ont pu lui reprocher d’être auparavant une sorte de « tour d’ivoire », aujourd’hui une des priorités est de favoriser les échanges avec tous les représentants des professions de santé.

PG - Monsieur Gilles JOHANNET, Président du CEPS, rencontré récemment se félicitait en effet d’un dialogue renouvelé.

JLH - Le souhait bilatéral de coopération est une réalité. Non seulement avec le CEPS en réponse à votre remarque, mais tout naturellement avec le Ministère de la Santé, les représentants de l’Assurance Maladie, tous les professionnels de santé, mais aussi avec les ARS dont la mise en place est plus récente. Notre position, notre rôle d’information scientifique et d’aide à la décision autorise et nécessite tous ces échanges. Dominique MAIGNE, Directeur de la HAS - Sous l’angle médical, ce sont les pathologies chroniques correspondant aux Affections de Longue Durée (ALD) de « seconde génération » sur lesquelles nous portons plus particulièrement notre attention. Ce vaste travail qui balaye en fait l’ensemble des pathologies, mérite aussi de déterminer des priorités en terme d’impact médico-économique. Nous tenons compte ainsi des priorités retenues par le Haut Conseil à l’Assurance Maladie (HCAM).

PG - Cela représente donc de nouveaux champs d’intérêts que la seule expertise clinique de la part de la HAS ?

JLH - Bien sûr et si nous avons plusieurs chantiers en cours, notre mission initiale consistant à définir des recommandations reste une priorité. Nous avons également développé comme vous le savez des études médico-économiques, mais aussi de nouvelles études en particulier sur la pertinence des actes et nous cherchons ainsi à aider les professionnels dans leurs pratiques. A terme cela permettra d’analyser les causes de disparités régionales – un des exemples les plus simples, les appendicectomies – pourquoi leur fréquence varierait-elle et pour quelle raison d’un territoire de santé à l’autre ? Proposer des recommandations, asseoir des stratégies pertinentes des actes, tout doit pouvoir concourir à optimiser l’utilisation des ressources médico-économiques hospitalières. Notre mission de recommandations, d’expertise médicales et scientifique, notre statut indépendant – ce qui nous différencie à la fois du Ministère de la santé mais également du « payeur » qu’est l’Assurance Maladie – nous autorise ce positionnement spécifique. Nous poursuivrons en 2012 ces mêmes priorités sur les actions coût – efficacité utiles à la régulation. Notre institution joue ce rôle d’information pour les autorités tutélaires comme pour les professionnels. Un des objectifs, par une lecture transversale et le décloisonnement des barrières tarifaires, peut être représenté par le travail sur le parcours de soins. L’efficience nécessite pour être réellement appréhendée, une vision élargie aux coopérations d’acteurs. Ainsi, nos réflexions ont déjà porté sur la dépendance de la personne âgée mais méritent d’être étendues à d’autres thématiques. L’hospitalisation est donc également au cœur de nos préoccupations médico-économiques.

DM - L’approche par pathologie avec les professionnels autorise ainsi une certaine hiérarchisation des priorités même si dans un premier temps le risque était de s’exposer à une segmentation excessive. Nous avons la préoccupation de poursuivre une approche médico-économique pertinente et l’aide à la décision est bien de fait une de nos fonctions principales.

JLH - L’indépendance octroyée statutairement à la HAS ne l’isole pas pour autant des réalités médico-économiques. Son positionnement spécifique, médical et scientifique, avec des actions par thèmes ciblés, s’est enrichi depuis 2008 d’une analyse économique des enjeux de santé. Ces réalités nous concernent et nous avons publié sous l’autorité de Lise Rochaix le guide des recommandations médico-économiques qui doit être considérée comme une référence, une aide méthodologique pour tous les professionnels. DM - Nous confirmons sa large diffusion et nous connaissons l’intérêt porté à ces références par les industriels et les médecins. Nous avons à présenter les principes pertinents à toutes ces évaluations médico-économiques. JLH - Vous y trouverez les priorités adaptées aux différents sujets. La diversité des méthodes illustre qu’il nous faut réfléchir à une approche spécifiquement pertinente pour chaque sujet. DM - Les QALY par exemple, PG - Nous préférons ne pas aborder cette question sensible… JLH - Trouver l’argumentaire adéquat c’est garder présent à l’esprit notre mission d’aide à la décision. Une dernière fois en tenant compte des réalités économiques.

PG - Une des questions redondantes est l’indépendance des experts et les conflits d’intérêts. Comment abordez-vous ce problème après les évènements médiatiques qui ont semé le doute dans le grand public ?

JLH - Le renforcement de la sécurité sanitaire est une priorité pour tous. Nous y sommes pleinement engagés. Nous avons renforcé les règles de fonctionnement afin d’assurer une transparence accrue. Cependant il ne faudrait pas tomber dans un excès, un … PG - Jansénisme ? LJH - Si vous voulez. DM – Et il ne faut pas oublier la fin de Port Royal ! JLH - Pour le recrutement des professionnels concernés, deux écueils. Le premier serait par une distance excessive d’éloigner les professionnels recrutés du champ des compétences nécessaires sur le sujet traité. Le second serait de s’exposer à des conflits d’intérêts évidents en ne prendre en considération que des spécialistes dont l’implication serait trop directe sur ces mêmes thèmes. Implication actuelle ou récente d’ailleurs. Il faut quand même rappeler que la maison HAS est ouverte aux professionnels de santé et que leur expertise est souhaitée. Les règles que nous appliquons ont été renforcées, sous la forme d’une contractualisation avec les collèges nationaux. Le recrutement, ses modalités, doivent tenir compte aussi de la relative rareté des personnes compétentes. Notre guide « renforcé » permet une plus grande clarification de ce problème et nous sommes dorénavant en ordre de marche. Mais nous restons tout particulièrement vigilants vis-à-vis du respect des règles édictées.

PG - J’avais posé la question au Ministre allemand de la Santé sur le HTA (Health Technology Assesment) sujet important pour la SFES, « une de ses priorités » était sa réponse. Vous nous en confirmez donc le principe. Avez-vous développé des partenariats internationaux à ce sujet ?

JLH – JLH – Les partenariats déjà mis en place avec le NICE* au Royaume-Uni ou IQWiG** en Allemagne seront bien sûrs prolongés. Notre intérêt réciproque favorise les échanges mais nous n’avons pas encore de programmes d’études communs, même si des initiatives ont été aussi listées dans les « Work Package » européens. Il semble intéressant de réfléchir à des possibilités de mutualisation de moyens, de processus partagés pour les évaluations mais ce n’est pas une perspective en terme d’accès au remboursement. Nous avons à respecter nos propres prérogatives définies par la loi et si nous restons intéressés par les expériences internationales, nous nous devons aussi de poursuivre nos propres travaux sur les missions qui nous sont attribuées.

Mondher TOUMI (SFES) - Les critères d’évaluations médico-économiques sont complexes. Les industriels du médicament souhaitent mieux appréhender les attentes des autorités de régulation. Quelles sont vos réflexions ?

JLH - JLH - Il faut étendre à tous les produits de santé le principe du meilleur traitement au meilleur coût. L’efficience est attendue par tous. Ce raisonnement de clinicien doit être transposé à l’ensemble des stratégies thérapeutiques. A ce titre il nous appartient d’aider le CEPS à deux étapes : :

  • D’abord les primo inscriptions des produits de santé pour lesquelles nous devons de par la loi répondre dans les 90 jours. Bien sûr cela ne concerne pas le prix. Nous sommes impliqués dans deux dimensions, à savoir l’axe méthodologique valide garantissant par un design d’étude rigoureux, une exploitation scientifique des résultats. Autre point, une évaluation de l’impact sur la population non seulement en termes médico-économiques mais de façon plus large en santé publique. A ce stade, il faut être pragmatique, on « avance en marchant ». Cette étape médico-technique est une évaluation des critères « bénéfice / risque ».
  • Second point et selon les décrets d’application, les évaluations médico-économiques « dans la vraie vie ». Peut-on citer le chiffre de trois ans Il est toujours intéressant de réfléchir en terme de comparabilité, ce par rapport à d’autres modes de prises en charge, aux traitements préexistants par exemple.

Vous le savez les moyens d’évaluation viennent de changer. Le guide méthodologique est là pour le rappeler. Mais nous sommes aussi dans des process novateurs, à titre d’exemple les avis flash que nous avons rendus et dont je reçois aujourd’hui même le retour d’information par l’intermédiaire d’une dépêche de l’APM comme « premier avis flash concernant Pradaxa ». En médico-économie nous sommes encore et aussi en stratégie d’aide à la décision. Autre remarque, nous suivons des grandes lignes de médicaments, les statines par exemple dans leur utilisation. Nous ne sommes pas dans une vision comptable de la santé mais dans un axe de santé publique. Toujours avec cette vision de service rendu à la population, avec la volonté de mieux soigner et de gérer les évolutions thérapeutiques en s’adaptant au progrès scientifique.

PG - On ne peut s’empêcher de vous poser la question du rapport de la HAS au grand public, sur la communication*** que vous souhaitez développer.

JLH - Les patients, les associations qui les représentent, sont de plus en plus demandeurs d’informations. Nous l’avons déjà dit, nous sommes dans un positionnement de coordination, un vecteur d’informations, en revendiquant ce statut spécifique d’autorité indépendante et scientifique. Cette double approche du monde de la santé doit correspondre à l’attente du grand public. Notre champ d’investigations et de compétences est très vaste et il nous faut fédérer les acteurs, coordonner les programmes. Un des buts essentiels, une des finalités prioritaires, est la qualité des soins. Nous sommes à la fois un recours et un conseil. Pour mieux répondre à cette attente croissante, il nous faut diffuser plus largement les travaux de la HAS et les rendre accessibles à tous, en particulier au patient directement concerné par la qualité des soins.

NdR * NICE, National Institute for Health and Clinical Excellence. ** IQWiG, Institut fur Qualitat und Wirtschaftlichkeit im Gesundheitswesen *** Lire à ce propos la publication de la HAS concernant son webzine N°29, nov-déc 2011.

Ecrit le 13/06/12 | envoyer l'article par mail envoyer par mail | impression Imprimer

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